Rapport moral et d’orientation

L’année 2007 n’a pas été une année habituelle pour l’élevage, et les éleveurs de chèvres l’ont bien ressenti ! Alors que depuis la réforme de la PAC en 2003, beaucoup d’éleveurs caprins, dont les DPU étaient souvent peu importants, craignaient de ressentir le ‘contre-coup’ du découplage, c’est finalement d’ailleurs qu’est venue la tempête. Des aléas climatiques, une demande en forte hausse dans les pays émergents, un marché des agro-carburants qui se développe… et le cours des céréales s’envole.

Pour notre petite filière, déjà fragilisée par des années de stagnation des prix, et où la contrainte de travail pèse très lourdement sur les éleveurs, le danger était réel : les coûts de production du lait de chèvre ont considérablement augmenté. Et dans certaines régions mixtes céréales et l’élevage, la tentation est devenue grande d’abandonner l’élevage de chèvres, pour se consacrer à la production végétale, plus valorisante et moins contraignante. C’est particulièrement vrai dans notre plus grand bassin de production : le Centre Ouest, et les effets n’ont pas manqué de se faire ressentir. Pour la première fois depuis plus de 10 ans, la collecte de lait de chèvre en France n’a pas progressé en 2007, et ceci est dû en particulier à un recul de la production en Poitou-Charentes et dans le Centre.

Et pourtant, le marché des fromages de chèvre poursuit sa dynamique de développement. La consommation française continue à augmenter régulièrement, et les exportations, qui constituent toujours un volume restreint, progressent très rapidement. Les entreprises croient en l’avenir de ce marché, et elles investissent.

Face à ce décalage entre l’offre en lait de chèvre et la demande des entreprises, les importations ont atteint des niveaux sans précédent, et ceci inquiète les éleveurs, mais aussi les transformateurs.

Dans ce contexte où tout évolue très vite, la réaction de la FNEC a été rapide : dès le mois de septembre, nous avons réalisé une étude afin d’évaluer l’impact réel de la hausse des prix des céréales sur les coûts de production dans les élevages. Cette étude a été largement reprise dans les discussions nationales et régionales sur le prix du lait. Cela a conduit les éleveurs, sur le plan national, à définir une revendication commune pour une augmentation de 70€ / 1000L. Elle a été entendue par une majorité des transformateurs, qui ont annoncé des hausses significatives, entre 40 et 70 €/1000L pour l’année 2008. Il est regrettable que les hausses n’aient pas été les mêmes dans toutes les régions, car tous les éleveurs ont subi les mêmes augmentations de coût.
Ces hausses de coût de production ont bien sûr concerné les fermiers tout autant que les livreurs. Une hausse des tarifs qu’ils proposent à leurs clients a donc été indispensable. Ces hausses, de l’ordre de 10%, ont été passées de manière individuelle, dans le cadre des relations entre clients et fournisseurs.

Au-delà de cette action immédiate, une réflexion plus vaste a été amorcée, tant au niveau de la filière, avec l’ANICAP, qu’au niveau des filières de l’élevage, avec nos collègues des secteurs bovin et ovin. L’enjeu en est tout simplement le maintien d’un élevage productif, performant et rémunérateur en France.

A l’ANICAP, les discussions ont abouti à la réalisation d’un séminaire à la fin de l’année 2007, qui a permis de se fixer des objectifs pour l’année à venir :
– le premier objectif est de restaurer la confiance des producteurs en l’avenir. Pour que notre filière reste attractive pour des jeunes en projet d’installation, elle doit offrir des perspectives durables en matière de débouchés et de prix. Obtenir un prix du lait rémunérateur, c’est le premier combat de la FNEC, et ça reste le plus important. La poursuite d’échanges interprofessionnels constructifs est essentielle pour cela.
– le deuxième objectif est d’améliorer le revenu et les conditions de travail des éleveurs. L’augmentation des revenus passe bien sûr avant tout par le prix, mais aussi par l’amélioration de l’accompagnement technique des éleveurs, afin de réduire les écarts technico-économiques. Il faut donner à chaque éleveur les outils et les conseils qui lui permettront d’optimiser son élevage, en fonction de ses projets personnels, et sans favoriser un modèle. Faire de chaque élevage une exploitation viable économiquement, vivable en termes de temps de travail, et transmissible est indispensable pour le bien-être des éleveurs, et pour la pérennité de notre filière.
– enfin, le dernier objectif est de faire en sorte que les contraintes réglementaires restent compatibles avec nos modes de production. Elles pèsent particulièrement sur la production fermière, où une application parfois tatillonne et mal comprise des règlementations hygiène entraîne un surcroit de contraintes, pas toujours utiles ! C’est là que se situe la réelle fragilité de cette filière fermière, qui représente des volumes non négligeables, et dont l’image très positive auprès des consommateurs bénéficie à toutes les productions caprines. Ces obligations doivent également être adaptées chez les livreurs, qui comprennent mal la lourdeur des contraintes administratives.

Pour réaliser ces objectifs ambitieux, la FNEC est en train de « grandir » avec la filière caprine. En effet, pour obtenir des avancées significatives, notre fédération doit disposer d’une légitimité, et d’une crédibilité importante auprès de nos partenaires : entreprises, autres fédérations, administration, etc…. Cela suppose un important travail de relations et de communication, qui s’est avéré bénéfique : cette année, et notamment grâce au soutien des autres fédérations de l’élevage, nous avons pu pour la première fois doter la FNEC de ressources propres de personnel : l’embauche d’une directrice nous permet d’acquérir une réelle autonomie.

D’autre part, la situation financière de la FNEC, qui était très inquiétante il y a encore 2 ans, a été redressée. Cependant, les cotisations restent insuffisantes et nous devons continuer à nous interroger sur notre capacité à financer nos actions d’intérêt général pour la filière.

Notre « plan de route » est donc clairement établi, mais nul ne peut prédire l’avenir, et il y a fort à parier que l’année qui vient nous réserve des surprises, sur le plan économique, climatique, ou même réglementaire. Dans ce contexte où tout évolue de plus en plus vite, il nous faudra donc « garder le cap », pour continuer à défendre le métier d’éleveur de chèvres tel que nous le connaissons aujourd’hui, dans sa diversité et dans sa richesse.

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