RAPPORT MORAL ET D’ORIENTATION

Deux faits me semblent particulièrement marquants pour la filière caprine en 2006 :
– d’une part, après des années de croissance continue, la collecte française de lait de chèvre n’a augmenté que faiblement cette année. Dans un contexte où les besoins des entreprises, tirés notamment par les exportations, restent en forte croissance, cela n’a pas manqué de nous interpeler ;
– d’autre part, la mise en place du « paquet hygiène » oblige tous les éleveurs, fermiers et laitiers, à faire face à une augmentation de leurs responsabilités, et de leurs contraintes administratives.
Sur ces deux points, la structuration de la filière caprine est essentielle : elle permettra d’accompagner les éleveurs dans leur constante adaptation à leur environnement. C’est l’objectif que la FNEC a poursuivi en 2006, et c’est le cap qui nous devons continuer à suivre en 2007.

En ce qui concerne la collecte, tout d’abord, force est de constater que les besoins des entreprises n’ont pas pu être couverts en 2006 par la production française. Ces besoins sont en constante augmentation : la consommation française de fromages de chèvre augmente (+1,6%), dans un contexte plutôt morose pour l’ensemble des fromages. De plus, l’export de fromages de chèvre, qui reste un marché relativement faible en volumes, connait cette année une progression spectaculaire. On peut cependant regretter que cette dynamique soit surtout à l’avantage des produits d’entrée de gamme, ce qui a tendance à tirer la valorisation vers le bas. La faible hausse de la collecte n’a donc pas suffit à répondre à cette croissance de la demande, comme le démontre la très forte hausse des importations l’illustre. Cette situation doit nous pousser à nous interroger, et à réagir, aux niveaux professionnel et interprofessionnel.

Les éleveurs français se sont engagés dans des démarches de progrès comme le Code Mutuel de bonnes pratiques en élevage caprin. Il est donc indispensable pour la dynamique et l’image de notre filière que les producteurs français puissent mieux répondre aux besoins en matière de transformation.
Cela signifie :
maintenir les exploitations existantes : accompagner les éleveurs techniquement pour améliorer leur efficacité technico-économique, mais aussi faire en sorte que leurs conditions de travail soient acceptables sur le long terme. La FNEC poursuit donc son travail d’orientation de la recherche-développement pour la filière, afin de répondre à ces attentes. En particulier, la FNEC pilote depuis 2005 un très vaste programme de développement, qui permet d’acquérir et de diffuser des références pour améliorer les conditions de travail des éleveurs.
favoriser les installations : après la publication 2005 d’un « guide à l’installation » pour la filière caprine, l’ANICAP poursuit sa mobilisation sur ce sujet, et vient de créer un groupe de travail. En effet, même si les installations doivent avant tout être accompagnées au niveau local, on peut envisager de mettre en place des actions nationales, notamment pour promouvoir auprès des candidats à l’installation le métier d’éleveur caprin. Toutes les actions menées par la FNEC pour aboutir à une revalorisation du prix du lait de chèvre contribueront également à redynamiser l’image de la filière et du métier.
C’est grâce à tous ces efforts que nous pourrons maintenir des exploitations et des exploitants sur tout le territoire.

Sur un tout autre plan, la mise en place du « paquet hygiène » entraine une augmentation des contraintes réglementaires et administratives.
Les producteurs fermiers, qui sont les premiers concernés, car ils transforment des denrées alimentaires, ont ressenti depuis 2006 un très net « durcissement » des relations avec les services de contrôle, et une forte réticence à délivrer des agréments. Cette situation ne peut que contribuer à fragiliser une filière qui peine elle aussi à assurer le renouvellement des exploitations. Pourtant, l’esprit des textes du paquet hygiène est bien un renforcement de la responsabilité du fabricant et des obligations de résultat, ainsi qu’une forte mise en avant des guides de bonnes pratiques. Un important travail reste à faire au niveau national et au niveau local pour accompagner la mise en place de ces nouveaux règlements. La filière laitière fermière y était cependant préparée, car elle dispose d’un GBPH validé : le Guides des Bonnes Pratiques d’Hygiène pour les fabrications de produits laitiers et fromages fermiers. La FNEC est au cœur du dispositif national, et travaille au quotidien avec l’administration, dans un souci de pédagogie, et de respect des pratiques fermières, afin de faire en sorte que les réalités de la production fermières soient prises en compte dans les contrôles.

Pour les éleveurs laitiers, qui produisent une denrée alimentaire non transformée, la problématique est différente : il faut rentrer dans une démarche d’analyse des risques. Afin d’aider les producteurs à entrer dans cette démarche, un Guide des bonnes Pratiques d’Hygiène est en cours de rédaction par l’Institut de l’Elevage, à la demande des professionnels. La FNEC participe activement à toutes les étapes de ce projet. Ce GBPH devra être validé par les pouvoirs publics dans les années à venir. Pour faciliter sa diffusion, et l’accompagnement technique nécessaire à sa mise en place, il faudra s’appuyer sur les démarches déjà existantes sur le terrain, comme le Code Mutuel de bonnes pratiques en élevage caprin.

Face à ces nouvelles contraintes, il est important que les éleveurs puissent disposer d’outils adaptés à leur travail, qui permettent de répondre aux exigences réglementaires, mais qui soient avant tout des démarches de progrès utiles pour améliorer leurs conditions de travail. C’est à cette condition seulement que ces outils seront acceptés, et diffusés sur le terrain.

En 2007, les enjeux seront donc importants pour notre filière et notre fédération. Nous continuerons bien sûr à accompagner les éleveurs de chèvres grâce au soutien et à la confiance de tous nos adhérents. Car, face à tous ces défis, les éleveurs sauront montrer, une fois de plus, leur faculté d’adaptation, afin de vivre et de faire vivre un métier, qui reste avant tout une passion.

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